
Tirer à la courte paille est le plus simple des jeux de hasard : un procédé de décision où le résultat ne dépend d'aucune compétence. C'est aussi une bonne porte d'entrée pour comprendre ce que le hasard fait, et surtout ce qu'il ne fait pas.
Une pratique très ancienne
Les traces archéologiques remontent à plusieurs millénaires : des dés en os ou en ivoire ont été retrouvés en Mésopotamie et en Égypte, des osselets servaient déjà à départager et à consulter le sort. Dans beaucoup de sociétés, le tirage au sort a d'abord une fonction rituelle ou juridique, désigner sans que personne ne décide, avant de devenir un divertissement.
La théorie mathématique du hasard, elle, est récente : elle naît au 10-septième siècle de la correspondance entre Pascal et Fermat à propos d'un problème de partage des mises. C'est un jeu d'argent qui a fait naître le calcul des probabilités.
L'espérance de gain
C'est le concept qui explique tout. L'espérance est la moyenne des gains possibles, pondérée par leur probabilité. Dans tous les jeux commerciaux, elle est négative pour le joueur : c'est ce qui rémunère l'organisateur.
Le taux de retour au joueur exprime la même chose autrement : c'est la part des mises redistribuée sur le long terme. Elle se situe souvent autour de 65 à 75 % pour les loteries, autour de 85 % pour les paris sportifs, et jusqu'à 95 % et plus sur certains jeux de casino. Un taux de 95 % signifie que, statistiquement, 100 euros misés reviennent à 95, pas qu'on perd 5 euros en une soirée, mais qu'on perd 5 % de tout ce qu'on remise, encore et encore.
La conséquence est contre-intuitive : c'est le nombre de mises, plus que leur taille, qui détermine la perte. Rejouer ses gains est mathématiquement la manière la plus sûre de tout perdre.
Les illusions
Le sophisme du joueur d'abord : croire qu'après cinq rouges, le noir est « dû ». Une roulette n'a pas de mémoire ; chaque tirage est indépendant. La loi des grands nombres dit que les fréquences convergent à l'infini, pas que le hasard compense à court terme.
L'illusion de contrôle ensuite : souffler sur les dés, choisir ses numéros, appuyer soi-même sur le bouton. Ces gestes n'ont aucun effet et augmentent pourtant la confiance, donc les mises.
Les quasi-gains enfin (deux symboles sur trois, un numéro à côté) activent les mêmes circuits cérébraux que les gains réels. Les machines sont conçues pour en produire beaucoup ; c'est un choix de conception, pas un hasard.
Régulation en France
Le secteur est encadré : l'Autorité nationale des jeux agrée les opérateurs de jeux en ligne et contrôle le marché, les casinos relèvent d'une autorisation ministérielle, et les jeux d'argent sont interdits aux mineurs. La publicité est réglementée, et un dispositif d'auto-exclusion permet à toute personne de se faire interdire de jeu, en ligne comme en établissement.
Un point souvent ignoré : les gains aux jeux de hasard ne sont pas imposables en France pour un joueur occasionnel, parce qu'ils ne résultent d'aucune activité. La situation change pour un joueur professionnel de jeux d'adresse comme le poker.
Quand cela devient un problème
Le jeu pathologique est reconnu comme un trouble de l'addiction. Les signaux sont connus : miser des sommes croissantes pour ressentir la même chose, poursuivre ses pertes, mentir sur son activité de jeu, emprunter pour jouer, ne pas pouvoir s'arrêter malgré la volonté de le faire.
Des dispositifs d'aide existent, gratuits et confidentiels, et le premier geste efficace reste l'auto-exclusion, qui coupe l'accès plutôt que de reposer sur la volonté. Si le sujet vous concerne ou concerne un proche, en parler à un médecin traitant est un point de départ simple et sans jugement.